le projet [Zoologique]

CRÉATION 2019-2022Projet EuropéenFacundo DIAB

ZOOLOGIQUE est d’abord un projet de spectacle en solo pour un vieil acrobate, Facundo DIAB. Inspiré du texte de Franz KAFKA « Rapport pour une Académie », l’artiste se questionne sur la notion de liberté, et souhaite mettre en abîme le contexte historique dans lequel l’œuvre a été écrite, qui fait écho à l’actualité encore aujourd’hui.

Nourri d’un trajet personnel d’apatride et d’artiste de cirque, en miroir avec l’histoire du singe de KAFKA, enlevé de sa terre natale pour devenir un phénomène de variétés, il se balance entre la confession et le conte.

Facundo DIAB a choisi de concevoir une cage comme centre scénographique de la pièce, évoquant l’enfermement, l’isolement, les frontières, la distance à l’autre, mais aussi le conditionnement, l’éducation.

Patricia MARINIER, appelée à être le metteur en scène du projet, se passionne pour le sujet et devient au fil du travail co-autrice de la pièce.

Amis de longue date, les deux artistes échangent depuis des années sur le thème et décident ensemble d’explorer librement la nouvelle de KAFKA, afin d’explorer les multiples dimensions qu’elle dévoile.

“Avec la liberté, je le dis en passant, on se trompe trop souvent entre hommes.”
Franz KAFKA

Comme point de départ de ce projet, « Rapport pour une académie », un texte de Franz KAFKA écrit en 1921. Monologue pour un singe, arraché à sa jungle par des hommes de la maison HAGENBECK, qui obtient sa survie et son entrée dans le monde des hommes, au prix de sa liberté.

Cette nouvelle, aussi brève que percutante, nous ouvre un abîme de réflexion sur ce qu’on nomme « liberté », nous alerte sur l’ambigüité de la représentation qui conditionne une certaine vision de l’autre, nous incite à une réflexion sur l’aliénation et la soumission dans l’apprentissage. Au-delà de la portée universelle du texte de KAFKA, on cherche à éclairer le contexte historique dans lequel il a été écrit, 1921.

Entre 1800 et 1958, 1,4 milliards de visiteurs occidentaux ont pu voir 35000 « figurants » étrangers lors de manifestations « spectaculaires » et de zoos humains, ce notamment lors des expositions coloniales universelles de 1907 et 1931 organisées à Paris. Cela nous parait-il loin ? Pourtant, aujourd’hui encore, l’humain ne se permet-il pas de parquer « l’étranger », l’indésirable? Ou se refuse-t-il à croiser son regard… ?


«La plupart des archétypes mis en scène par les zoos humains ne dessinent-ils pas la racine d’un inconscient collectif qui prendra au cours du siècle de multiples visages et qu’il est indispensable de déconstruire ?”
Nicolas BANCEL et Pascal BLANCHARD De l’indigène à l’immigré

Le Travail du texte
Le texte de KAFKA qui sert de point de départ à l’écriture, ne sera pas porté de manière « classique », mais plutôt modelé comme un grillage portant l’argile de la sculpture finale. On se permettra de l’entrecouper, de la malaxer, de le répéter, poussant jusqu’à l’anachronisme, en cherchant sa musicalité. Il sera tantôt porté par le comédien, par des projections d’écrits, par des voix étrangères.


Un récit choral
Pour souligner le caractère universel de ce texte, et sa criante actualité, on enregistrera ce texte dit par des voix aux différentes sonorités. Ce seront des enfants, des personnes âgées, des hommes, des femmes, des voix aux accentuations étrangères. Seules ou mixées, elles seront l’écho d’une polyphonie humaine pour permettre à chacun de s’identifier. Elles formeront la musique, le chœur du corps.


Le récit intime
En contre point de cette universalité, on cherchera à faire exister ce texte dans l’instant, dans un rapport direct avec le public, le comédien fera le récit intime de sa propre étrangeté, de son histoire d’apatride aux multiples origines. Comme une invitation à regarder sa propre histoire.


“Le barbare c’est d’abord l’homme qui croit à la barbarie
Claude LEVI-STRAUSS

« La potentialité d’être d’un côté ou de l’autre de l’enclos est, déjà, une certaine vision du monde. Le destin au cours du XXe siècle de ces peuples « montrés » et de ces populations « visiteuses » est la plus parfaite illustration de ce que ces exhibitions ont construit.
Et nous ne sommes toujours pas sortis de ce modèle »
Pascal BLANCHARD et Olivier BARLET